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Voyage dans la troisième division

Texte Mathieu Ropitault Photo Julien Poupart

C’est le jour J. Et pas uniquement pour les joueurs et le staff du XV de Belgique, sagement retranchés dans un hôtel de la banlieue bruxelloise en cette fin février.

À quelques minutes de la causerie d’avant-match, Frédéric Campinne n’en mène pas large. L’ancien deuxième ligne à la carrure intacte, qui défendit les couleurs des Diables Noirs à la fin des années 80, a été choisi pour remettre les maillots aux internationaux du Plat Pays. « Je suis très flatté que les membres de la fédération de rugby aient fait appel à moi et un peu surpris d’un autre côté, car j’ignorais qu’ils avaient mis en place un tel rituel. À mon époque, cela n’existait pas ! » confie le gaillard de 58 ans, pas vraiment à l’aise à l’idée de prendre la parole en public. Mais le temps d’ajuster sa cravate noire tachetée de jaune et de rouge remise par la manager de l’équipe nationale, et voilà le moment venu pour l’ex-numéro 4 d’honorer sa mission symbolique.

Dans moins de trois heures sera donné le coup d’envoi d’un choc capital face aux Pays-Bas. Un derby à une saveur particulière pour la formation belge. C’est à la fois sa seule rencontre officielle à domicile programmée en 2016 et une étape décisive dans sa quête du Graal ; celui de finir leader de la Division 1B du Championnat européen des nations. « On doit consolider notre première place. Mathématiquement, il nous reste encore dix points à prendre contre nos trois derniers adversaires de la compétition pour garantir notre montée dans la division supérieure. Alors peu importe qui on affronte aujourd’hui, la victoire est impérative, implore Guillaume Ajac, le sélectionneur français des Diables Noirs, qui n’a pas réellement besoin de galvaniser ses troupes pour cette sorte de Crunch local entre frères ennemis. Cette année, vous n’allez jouer qu’une fois à la maison, devant vos compagnes, vos amis et votre famille. J’attends donc de vous que vous donniez le maximum sur chaque action. Vous êtes meilleurs et vous devez le montrer sur le terrain. Il faut se transcender, emballer le public et, surtout, imposer votre rugby. »

Au Petit Heysel, pour être à la hauteur de l’évènement, on a mis les petits plats dans les grands. Toutes proportions gardées. Plus de 4 000 supporters sont attendus dans l’annexe du stade Roi-Baudouin de Bruxelles, l’antre des footballeurs de l’équipe nationale – les Diables Rouges – qui se sont récemment hissés sur la deuxième marche du classement Fifa, juste derrière le Brésil. De quoi remplir en un clin d’œil les 50 000 places de l’édifice 100 % acquis à la bande d’Eden Hazard et Vincent Kompany, mégastars planétaires du ballon rond. Dans l’ombre des projecteurs braqués sur le prestigieux Tournoi des VI-Nations et dans l’antichambre de la Division 1A du Championnat européen des nations –communément surnommée le Tournoi des VI-Nations B –, l’Ovalie d’outre-Quiévrain et ses 13 000 licenciés vivent dans une autre dimension : l’univers du sport amateur.

« À notre échelle, porter le maillot national signifie concilier sa carrière professionnelle, ses études et sa vie familiale avec les contraintes inhérentes au sport de haut niveau. Les joueurs doivent faire des choix et prendre sur leur temps personnel quand ils sont sélectionnés. Représenter son pays demande de nombreux sacrifices. Ce n’est pas tous les jours évident de constituer une formation performante dans ces conditions, avec les impératifs des uns, les blessures des autres, etc. », explique Guillaume Ajac. Des difficultés qui n’empêchent pas les rugbymen belges de dominer – avec sept victoires et une défaite – la saison 2014-2016 du troisième échelon européen. (…)